LES CHAMPIGNONS
Alors que ce terme englobe un ensemble très important de variétés comestibles ou non, en Limousin, le mot champignons désigne le cèpe essentiellement. Il faut dire que la région a été et reste encore un lieu propice à la pousse de cette denrée rare. C’est par excellence la région de l’arbre et de l’eau, deux paramètres essentiels qui conditionnent la pousse.
Plusieurs éléments sont nécessaires pour permettre aux cèpes de pousser :
1) les arbres :
En premier lieu le chêne ainsi que le châtaignier, puis le chêne américain, le hêtre, sont les plus favorables. On peut également en trouver dans des plantations de sapins tels que l’épicéa, le douglas, à condition que la plantation ait été pratiquée dans des bois plantés autrefois de chênes ou de châtaigniers et dans lesquels ils poussaient au paravent. Par contre, si l’on plante des douglas sur une terre vierge, on ne trouvera jamais de cèpes, de mêmes sous les mélèzes, leurs aiguilles en se désagrégeant, produisent un humus trop acide qui ne permet pas la formation de mycélium.
2) l’humidité :
Il faut un sous sol humide pour permettre la formation de moisissures sous forme de filaments blancs : le mycélium.
3) la chaleur :
Celle-ci ne doit pas être excessive ni trop basse. Disons qu’elle doit se situer entre 15° et 25°.
A partir du moment où la température idéale est requise et que la pousse intervient, la température ne doit plus varier de trop de même que l’humidité, sinon la pousse s’arrête rapidement.
4) la lumière :
Facteur également important, car si le soleil et l’eau ne peuvent pas pénétrer dans le sous bois, il n’y aura pas de pousse. D’ailleurs dans les nouvelles plantations, on peut faire de belles cueillettes mais plus les arbres vont grandir, plus la lumière diminuera et moins on aura de chances.
A ces quatre paramètres essentiels, on peut ajouter que l’exposition a aussi une répercussion sur la pousse, en effet, au début de la saison, on trouvera des cèpes au soleil levant (à l’est) et en fin de saison au nord : les conditions ne sont plus remplies à l’est et le sont devenues au nord, c’est souvent une question d’humidité. On peut dire que la période idéale est bien l’automne car le sol a été chauffé tout l’été, pour peu qu’il ait plus. A cette période également les écarts de température sont très peu importants. Mais il y a des exceptions, lorsque subitement les conditions énoncées plus haut sont requises il peut se produire une pousse spontanée de quelques jours, au printemps, fin avril début mai, fin mai début juin, même fin juin début juillet après une période d’orages. La grande période débute souvent fin août et peut se terminer dans le mois de décembre si toutefois l’hiver n’est pas trop précoce.
Ces conditions sont valables pour le Limousin seulement compte tenu de son climat. Il va s’en dire que pour des régions montagneuses, la température diminuant beaucoup plus tôt, la fin de la pousse peut se situer fin août.
Pour certains, la pousse des champignons est quelque chose de magique, ils imaginent des solutions ubuesques. En réalité, d’après mes lectures et mes constatations sur le terrain, voici ce que j’en conclue :
J’ai déjà dit que plusieurs paramètres étaient indispensables, tels que les arbres, l’humidité, la température, la lumière. L’arbre apporte d’abord l’humus provenant de la décomposition de ses feuilles, dans lequel vont se développer des moisissures et l’élaboration du mycélium. J’ai entendu les profanes dire que pour que les champignons poussent, on doit rencontrer les fleurs, c’est en fait le mycélium qui apparaît quelques fois dans un chemin creux, humide, ou sur le bord d’un fossé. D’autre part l’arbre possède des radicelles, à l’extrémité de ses racines qui récupère l’eau du sous sol. Lorsque les filaments du mycélium rencontrent des radicelles du chêne ou d’un autre arbre il se produit le mycorhize et pour peu qu’une spore de champignons vienne en contact, le champignon se développe. Pour pousser il a besoin d’eau, elle est fournie par les radicelles, cette eau sera restituée ensuite lorsque le champignon aura atteint son plein développement. Il a besoin de lumière, lorsque le champignon aura poussé et sortit du sol, il se développera plus ou moins selon la lumière, la chaleur, l’humidité, la lune. Quand les conditions sont requises, au début de la pousse, généralement en lune jeune, ou montante, la taille reste petite, puis au fur et à mesure du temps et si les conditions restent bonnes, la taille augmente. Certains pensent que le champignon pousse spontanément gros ou petit. Je pense qu’il faut du temps, c'est-à-dire depuis la spore jusqu’à sa taille normale, il peut s’écouler plusieurs jours. D’autres pensent qu’ils ne poussent que la nuit. Je pense qu’ils poussent constamment ce qui fait croire qu’ils poussent seulement la nuit, c’est le fait que la nuit, personne ne les ramasse donc le matin on peut en trouver d’avantage que le jour.
Les cèpes peuvent revêtir des couleurs différentes selon la saison et la nature des arbres sous lesquels on les rencontre. En principe, les premiers cèpes de l’année sont généralement très clairs, chapeau marron clair, ils vont foncer à la pleine saison et par contre redeviendrons plus clairs en fin de saison. Dans les bois composés de châtaigniers, hêtres, chênes américains, la couleur qui domine est le marron plus ou moins foncé selon qu’il y a plus ou moins de lumière (plus de lumière : plus foncé – moins de lumière : plus clairs). Sous les chênes et autrefois dans les prairies permanentes, on trouve des têtes de nègre, avec un chapeau noir et le dessous blanc. Au printemps, on peut trouver dans de vielles châtaigneraies ou même dans des plantations de sapins pratiquées dans de vielles châtaigneraies, des cèpes ayant un chapeau rouge brique. Cette variété peut aussi se rencontrer dans les mêmes bois en fin de saison.
Au début du printemps et en fin de saison, les cèpes sont plus fermes voir même un peu durs, en revanche ils sont rarement véreux. Les couleurs et les formes peuvent varier également selon la période, s’il s’agit d’une pousse exceptionnelle, on peut rencontrer des couleurs encore différentes, des chapeaux craquelés, au printemps ou l’été, à cause du soleil, des formes bizarres, voir des chapeaux relevés plutôt que convexes, en fin de saison, à la suite de gelées par exemple.
Il existe des prédateurs, ce sont les limaces, surtout en période humide, les sangliers et le bousier qui ne mange pas le champignon mais il s’introduit au niveau du pied et recherche les vers qui sont présents dans les cèpes bien développés, en période chaude et sèche.
Pour ma part, j’ai constaté que certains éléments peuvent attirer mon attention et me faire croire qu’une pousse de champignons a ou va avoir lieu : la présence de coprins chevelus dans les dépôts d’ordures, les moisissures blanches observées dans les chemins creux et humides, la présence d’amanites rougissantes, les rosés qui poussent dans les prairies ainsi que les vesses de loup de même qu’un envahissement des légumes du jardin par le mildiou.
La présence du meunier, petit champignon blanc, plat à lamelles doit obligatoirement faire penser à la présence de cèpes en effet, on peut penser qu’ils vivent en symbiose.
Au début de la pousse, on trouve des spécimens relativement petits, quelques jours après ils sont plus gros et rarement véreux, ils risquent de le devenir par la suite surtout si la température est élevée. S’il m’arrive de trouver des champignons trop avancés donc nécessairement véreux, je les casse en morceaux et les répands sur le sol (afin que personne ne les emporte, ils ne sont pas mangeables et finiraient à la poubelle) ainsi leurs spores permettront de réensemencer le secteur.
De tous temps, le chercheur assidu utilisera de nombreuses ruses pour garder secret ses coins précieux. Si on lui demande où il a fait sa cueillette, il répond évasivement ou il indique l’opposé d’où il vient. Il ne se vente jamais d’avoir trouvé de grosses quantités. (Surtout de nos jours) Il se cache souvent des autres chercheurs et sera le premier, le matin de bonne heure, sur les lieux. Autrefois, il n’était pas besoin d’utiliser tous ces stratagèmes, il y avait des champignons un peu partout et les propriétaires de forêts laissaient libre cours aux chercheurs, de nos jours ce n’est plus le cas, on rencontre souvent des panneaux indiquant : cueillette des champignons interdite ou propriété privée, défense d’entrer. Il faut dire que les profanes ont fait leur tord eux-mêmes, ils ont pénétré dans les propriétés privées sans demander l’autorisation aux propriétaires, ils ont souvent ouvert et même détruit les clôtures, ils ont abandonné leurs déchets sur les lieux, ont garé leurs voitures dans les chemins et surtout détruit une partie du sous sol avec des râteaux pour prospecter plus à fond sous les arbres. Quand à moi, je me cantonne à chercher dans les forêts domaniales ou dans les forêts privées avec l’accord du propriétaire.
Il y a quelques années, on a assisté à la guerre des champignons, surtout en Corrèze et en Creuse, les étrangers de la région voyaient leurs voitures saccagées dès lors qu’ils les garaient dans les plantations (pneus crevés, pare-brise cassé).
Pour aller faire mes cueillettes, j’utilise toujours un panier et souvent je nettoie les pieds des cèpes au fur et à mesure avant de les ranger. En effet si l’on utilise des sacs plastiques, les champignons se conservent mal, surtout par temps chaud. En rentrant de la cueillette, je les prépare en enlevant soigneusement toute la partie terreuse autour du pied et essuie les chapeaux avec un sopalin ou un linge, je les coupe en fines lamelles et les fait cuire à la poêle avec de l’huile d’olive. En procédant ainsi, ils ne fermentent pas, les vers, s’il y en a ne prolifèrent pas, le goût reste intact. Au cas où je n’aurais pas le temps de procéder ainsi, j’étale ma cueillette sur des clayettes et je les dispose au frais, mais je ne les laisse jamais entassés dans un panier, encore moins dans un sac plastique.
Pendant la grande saison, nous faisons des conserves soit au congélateur, en petites barquettes après une mini cuisson, ou dans des bocaux, après une légère cuisson et une stérilisation d’une heure et demie. Ma grand-mère les conservait séchés dans des boites en fer. Elle les coupait en fines lamelles et les enfilait, comme une guirlande, pour les faire sécher devant la cheminée.
Hélas ! On trouve de moins en moins de champignons :
- les arbres de prédilection disparaissent de plus en plus au profit de cultures ou de nouvelles plantations, le plus souvent de sapins. On assiste à une meilleure valorisation de la forêt mais pas toujours favorable à la pousse des champignons.
- Les prairies permanentes sont remplacées par des prairies temporaires et avec cela un apport intempestif d’engrais, ce qui nuit beaucoup à l’élaboration du mycélium.
- Les engins tels que les 4x4 ou les motos tout terrain qui détruisent les sous sols.
- Les forêts ne sont plus entretenues, elles sont encombrées de ronces, les feuilles mortes des chênes, des châtaigniers n’étant plus ramassées, forment des tapis trop importants pour que les spores parviennent au niveau du sous sol. Malgré tout les années où il neige, il paraîtrait que la pousse est meilleure, la neige en fondant transporterait mieux les spores.
- Au fur et à mesure du temps, des tempêtes ou des sècheresses excessives viennent également contrarier la nature alors qu’il faut des années pour qu’elle se reconstruise.
Il est un accident que je ne peux passer sous silence, c’est celui de l’explosion de Tchernobyl. Cette année-la, nous avons trouvé
beaucoup de champignons, ce qui prouve l'incidence de la pollution quelle qu’elle soit sur la pousse, alors que dans le même temps on a reconnu une concentration très importante en
becquerels dans la structure du champignon.
L’année 2006 a connu une pousse exceptionnelle, pendant tout le mois d’octobre et même une partie du mois de novembre. En effet, la température était supérieure à vingt cinq degrés, nous avons connu des orages préliminaires importants et une période humide est venue au bon moment. Toutes les conditions ont été réunies à la meilleure époque de l’année.
Durant l’année 2007, j’ai constaté une pousse énorme de bolets en général mais par contre, d’autres variétés comestibles ou pas n’ont pas poussé comme d’habitude.